Les formats d'image au cinéma

Durant sa longue histoire, le cinéma a utilisé différents formats d'image. Tour d'horizon.

Le cinéma a utilisé de nombreux formats d'image différents tout à la fois pour des raisons techniques (dont principalement bien sûr la taille de la pellicule qui très vite devra comporter une bande son) et pour des raisons commerciales. En effet, si le cinéma est avant tout un art, c'est aussi une industrie. Et dans ce domaine, la concurrence entre les majors, les producteurs et les cinéastes a toujours été vive, chacun jouant la surenchère en la matière en proposant ou imposant son ou ses propres formats. Pour autant, normalisation oblige, aujourd'hui deux formats prédominent le 2,35:1 et le 1,85:1. Survol rapide des principaux formats d'image au cinéma.

Conventionnellement, le format d'une image est exprimé par le rapport entre la largeur et la hauteur de celle-ci, les deux valeurs étant séparées par deux points. Pour exemple, une image dite Cinemascope est d'un rapport de 2,55:1 et projetée sur un écran de 3 mètres de haut nécessite une largeur de l'écran de 3x2,55=7,65 m !

 

1,33:1 - Academy, le format historique

Créé en 1910 le format Academy accompagne la naissance du cinéma et tous les films de cette époque (muets) seront tournés dans ce rapport d'une image de 1 de hauteur pour 1,33 de largeur car la pellicule utilisée est de type 35 mm. Cela signifie qu'elle fait 35 mm de large, soit un espace photosensible de 23 mm si l'on tient compte de la présence des deux séries de perforations latérales qui assurent son entraînement (à raison de 4 par côté et par image). La dimension de l'image est donc pour des raisons purement « mécaniques » de 23 par 17,2 mm, soit un rapport de 1,33 !

Exemple : Napoléon d'Abel Gance (France, 1927)

Titre Napoléon

 

1,37:1 - Le son en plus !

Le standard du 1,33 durera jusqu'en 1927, date à laquelle le cinéma devient parlant ! Et là se pose le problème de l'emplacement de la bande son. Son ajout sur la pellicule ampute alors la largeur de l'image de 3 mm et le rapport passe à 1,20:1. Mais cette proportion n'a pas séduit longtemps la profession. Dès 1932 l'Academy of motion picture arts and sciences (l'Ampas, en français : académie des arts et des sciences du cinéma) reconnaît comme standard de l'industrie cinématographique un format récent (créé vers 1930) qui réduit la hauteur de l'image afin d'obtenir un rapport plus proche de l'ancien 1,33, à savoir 1,37:1 (1,375:1 précisément). Ce standard sera utilisé par la suite pendant quelque 20 ans jusqu'au milieu des années 50. À noter que cette réduction en hauteur n'exploite pas 100 % de l'espace disponible de la pellicule mais nous reviendrons très vite sur ce point…

 

2,55:1 - Cinemascope, la télévision pour concurrente

Durant les années 50, la télévision se démocratise massivement aux USA et le monde du cinéma ne voit pas cet essor d'un bon œil. Le septième art considérant le succès de la TV comme un danger potentiel. Dont acte, pour mieux séduire la clientèle l'industrie cinématographique invente le cinéma grand spectacle. Alors que la TV adopte les formats de 1,33:1, soit 4/3, et le très proche 1,37:1 dans le droit fil du format des films jusqu'alors fixés sur pellicule, le cinéma opte pour une tendance qui élargit sensiblement l'image.

Le 7e art invente en effet les images 2,55:1 soit une largeur quasiment multipliée par 2 !

Pour autant la largeur de la pellicule ne change pas (35 mm). Qu'à cela ne tienne, on a recours à l'anamorphose. Un terme qui désigne un procédé de compression de l'image. Dans le détail, lors du tournage, l'objectif de la caméra est équipée d'une lentille anamorphique qui comprime l'image dans sa largeur d'un facteur de 2 sans par ailleurs modifier sa hauteur. Et l'on peut de la sorte « récupérer » la partie photosensible non utilisée de la pellicule avec le format précédent, le 1,37:1, car l'image est alors plus carrée.

À l'autre bout de la chaîne, dans les salles obscures, le projecteur est lui aussi équipé d'une lentille spéciale qui a exactement l'effet inverse ! Et le tour est joué, si le film est enregistré en version anamorphosée, lors de sa diffusion les images sur l'écran sont restituées au format de 2,55:1. Avec un succès avéré car le public adopte très vite ce format extra-large.

Tant et si bien que ce principe jusqu'alors uniquement utilisé par la Fox fut copié par les autres majors très rapidement et ce fut la naissance de procédés concurrents tels que le Warnerscope ou le Superscope.

 

Exemple : À l'est d'Éden d'Elia Kazan (USA, 1955)

Titre À l'est d'Éden

 

2,35:1 - Scope ou Panavision

Toutefois, inconvénient majeur du Cinemascope, ce format nécessitait une performation d'entraînement de la pellicule spéciale (à cause de la présence de 4 pistes audios latérales). Un point lourd et difficile à gérer et lorsque fut mis au point le Scope, lorsque tout particulièrement Panavision a opté pour la perforation standard, le Cinemascope vécut ses dernières heures.

Apparut alors le 2,35:1, baptisé Scope ou Panavision, qui devint très vite l'un des deux formats les plus usités par le cinéma dans son histoire et jusqu'à aujourd'hui. D'ailleurs bon nombre de DVD et de Blu-ray citent ce standard sous le terme « format cinéma » (à l'instar de la trilogie Le seigneur des anneaux par exemple). À noter que ce système utilise également l'astuce de l'anamorphose.

Exemple : Le seigneur des anneaux, la communauté de l'anneau de Peter Jackson (USA, 2001)

Titre Le seigneur des anneaux

 

1,85:1. Standard américain

Dans le même temps, la Paramount eu l'idée (en 1954) d'utiliser des caméras avec défilement horizontal de la pellicule, comme sur un appareil photo (de gauche à droite), alors que jusque là toutes les caméras faisaient défiler la pellicule à la verticale (de haut en bas). Avantage majeur de ce système de la Paramount, on obtient des images très larges sans anamorphose (d'un rapport de 1,9:1 environ et donc sans perte de définition) mais inconvénient rédhibitoire (qui causa l'abandon du défilement horizontal) ce principe exigeait des projecteurs spéciaux capables de lire la pellicule à… l'horizontale !

Pour pallier ce défaut, bon nombre de négatifs furent réenregistrés en réduisant l'image dans sa hauteur ce qui donna naissance au 1,85:1. Au cours des années suivantes, ce format « bricolé » est resté et, plus fort encore, est devenu le standard américain de la deuxième moitié du XXe siècle. Autres grands pays cinéphiles, la France et l'Italie n'ont pas adopté ce format pendant de longues années. Lui préférant respectivement le 1,65:1 et le 1,75:1. Toutefois, depuis plus de dix ans aujourd'hui c'est toute l'industrie du cinéma qui a tendance à recourir au format 1,85:1.

Exemple : Le libertin de Gabriel Aghion (France, 2000)

Titre Le libertin

 

À noter que le succès du 1,85:1 est à l'origine du format des téléviseurs actuels qui est de 16/9e, soit 1,78:1. La proximité des deux ratios permet une diffusion sur écran plat sans trop de distorsion ni de bandes noires.

 

2,2:1 - le 70 mm, le fin du fin

Au milieu des années 50, faisant fi des problèmes d'anamorphose sur pellicule de 35 mm, apparut le 70 mm. Soit une largeur de pellicule doublée. Cela permettait de filmer sur un négatif de 65 mm (sans bande son) puis d'utiliser ensuite une pellicule de 70 mm pour la diffusion en salle, cette fois avec les bandes son latérales intégrées (au nombre de 6). Toutefois le coût d'exploitation de ce format nec plus ultra ne lui a pas permis de survivre au-delà des années 80.

Remarque : ce tour d'horizon est volontairement simplifié et tous les formats qui ont existé ne sont pas cités ici, loin de là. Il a en effet existé bien d'autres formats d'image, le plus souvent rares voire très rares ou anecdotiques. Citons par exemple le Cinérama (2,65:1) qui, utilisé durant les années 50, nécessitait l'usage de trois caméras au tournage et de trois projecteurs dans les salles. L'image était ainsi reconstituée sur un écran très large et courbé. Bien que très impressionnant et spectaculaire ce format générait de complexes problèmes techniques (dont la toujours possible désynchronisation des 3 projecteurs) qui hélas eurent raison de son avenir.

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